
Quand les antifas de la Jeune Garde et les autorités collaborent main dans la main
Depuis sa création, la Jeune Garde multiplie les démonstrations de force et les agressions aux quatre coins de la France. Pourtant, alors que le ministère de l'Intérieur dissout régulièrement les structures dites d’extrême droite, l'organisation de Raphaël Arnault semble avoir bénéficié d'une immunité quasi-totale jusqu’à peu. Ce privilège ne doit rien au hasard. Derrière la posture révolutionnaire de ce groupuscule se cache une réalité de terrain bien différente : une collaboration méthodique avec les services de renseignement et les autorités, préfectorales comme municipales.
L'impunité dont a pu jouir la Jeune Garde s'explique en partie par sa proximité avec les services de renseignement, la préfecture et la mairie de Lyon. Cette organisation a fait pendant plusieurs années office d'auxiliaire des autorités.
SAFAK SAGDIC, FIGURE CENTRALE ET « INDIC » NOTOIRE
Cofondateur de la Jeune Garde en 2018 aux côtés de Raphaël Arnault, Safak Sagdic est une figure de l'ombre mais absolument centrale. Âgé d'une trentaine d'années et ouvrier carreleur de profession, il cultive une esthétique soignée et arbore un tatouage « ACAB » (« All Cops Are Bastards ») sur l'avant-bras. Avant 2018, il s'était illustré dans le groupuscule ultra-violent des « Voraces » et revendique une expérience paramilitaire au Rojava (Syrie) entre 2015 et 2016 au sein des milices kurdes (YPG). En raison de son lourd passif judiciaire, il a souvent préféré manœuvrer en coulisses, laissant la lumière médiatique à Arnault.
Cependant, derrière ses tatouages anti-flics, la réalité est tout autre. Le magazine Livre Noir, citant une source des renseignements territoriaux, confirme que Safak est « bien connu des services de l'État pour avoir servi d'indic ». Cette accusation s'appuie également sur des révélations publiées dès 2012 par le média antifasciste autonome Rebellyon.
Sa compromission aurait débuté en 2011 après une convocation au commissariat. Il y aurait rencontré un agent de la DCRI (ancêtre de la DGSI) pour sceller un « échange de bons procédés ». Sagdic acceptait de servir de source de renseignements en échange d'informations pour sa propre protection (par exemple : « attention tel jour ne sort pas de chez toi, il y a des fascistes en planque dans le coin »). Pour faciliter cette collaboration, la police lui aurait même remis un téléphone portable dédié. Les rencontres se déroulaient lors de rendez-vous discrets organisés dans des halls d'accueil de grands hôtels lyonnais, où le militant livrait notamment des captures d'écran de discussions privées appartenant à des militants patriotes ou nationalistes.

Ces révélations démontrent une hypocrisie qui a profondément choqué les autres composantes de l'extrême gauche lyonnaise. D'un côté, un leader qui galvanise ses troupes dans la rue avec des slogans anti-police, et de l'autre, un informateur consentant, monnayant ses « fiches » et ses captures d'écran avec le renseignement intérieur en échange d'une protection policière.
RAPHAËL ARNAULT, LE SERVICE DE RENSEIGNEMENT À LUI TOUT SEUL
Cette culture de l'infiltration et du fichage est portée au plus haut niveau par l'autre leader de la Jeune Garde, Raphaël Arnault. Dans les colonnes du Parisien, un parlementaire de la gauche lyonnaise se dit sidéré par la « parfaite connaissance des milieux d'ultradroite » du jeune député, allant jusqu'à le qualifier de « service de renseignement à lui tout seul ». Le leader antifa est en effet capable de connaître « les détails de chaque déplacement des groupes d'ultradroite ». D'anciens membres de la Jeune Garde confirment d'ailleurs que la milice passait son temps à « scruter les réseaux sociaux » pour suivre leurs cibles, vérifier leurs papiers et leurs tatouages dans la rue.
MÉTHODES MAFIEUSES, EXTORSION ET VOL DE DONNÉES
La collecte illégale d'informations par la Jeune Garde ne relève pas de simples recherches sur internet, mais s'appuie sur des méthodes d'extorsion, de racket et d'agressions physiques ciblées. Le vol de téléphones portables et la fouille forcée des effets personnels en pleine rue sont devenus des pratiques courantes et assumées en interne. De nombreuses vidéos prouvent que la Jeune Garde se vantait de récupérer les portefeuilles et documents de patriotes ou nationalistes tabassés.
Un ancien membre de la Jeune Garde, témoignant pour le média Frontières, a confirmé cette professionnalisation de la violence. Lors des guet-apens ou des passages à tabac, les antifas avaient pour consigne stricte de dérober les téléphones de leurs victimes. L'objectif avoué était de fouiller le contenu des appareils pour y extraire des photos, des contacts, des numéros de téléphone et cartographier les réseaux sociaux des cibles politiques pour les ficher. Ce même ancien membre est par ailleurs lui-même accusé par l’ancien porte parole de la Jeune Garde, Cem Yoldas, d'être un indic pour la police et un homme sous « l’emprise de la préfecture ».

L'affaire d'Arnaud Monteiro et Alexandre Lele illustre parfaitement ce modus operandi. Le 19 avril 2024, ces deux militants de la Jeune Garde de Lyon ont pris à partie et lynché un sympathisant du Rassemblement National qui sortait d'une station de métro, avant de lui voler purement et simplement son téléphone portable. Rapidement interpellés, les deux agresseurs ont d'abord tenté d'inventer que la victime aurait proféré des insultes racistes envers des amis imaginaires pour justifier leur acte. Cependant, les images de vidéosurveillance ont prouvé que ce récit était faux, confondant les deux antifas qui ont dû reconnaître le vol, tout en essayant maladroitement de plaider qu'il n'était pas volontaire.
Au-delà des vols purs et simples, les militants de la Jeune Garde exigent régulièrement de leurs victimes qu'elles déverrouillent leur téléphone sous la contrainte physique lors des affrontements. Il y a quelques années, une victime prise à partie en pleine rue par six individus (dont Raphaël Arnault) a raconté avoir été plaquée contre un mur et forcée de se déshabiller pour que les miliciens vérifient l'absence de « tatouages nazis ». Ils l'ont ensuite sommée de déverrouiller son téléphone afin d'inspecter ses messages privés et ses contacts. Face au refus de déverrouiller son téléphone, le jeune homme a été projeté au sol, roué de coups et a reçu un coup de pied à la tête de la part du leader du groupe. Des faits similaires avaient valu à Raphaël Arnault une condamnation pour violences volontaires.
AU SERVICE DE LA PRÉFECTURE ET DE LA MAIRIE
Ce partenariat avec le pouvoir n'est pas le fait de deux individus isolés, mais bien une stratégie collective de la Jeune Garde. Une source des renseignements territoriaux interrogée par le magazine Livre Noir est catégorique : « Ils ont leurs entrées à la préfecture, donnent des renseignements sur les fafs [militants nationalistes] ». L'organisation fonctionne comme une auxiliaire officieuse des autorités, troquant des renseignements contre une forme d'impunité de terrain jusqu'à encore peu.
Dans le même temps, c’est l'équipe écologiste en place à la mairie de Lyon qui n'a jamais caché son intention de s'appuyer sur l'extrême gauche. Dès février 2022, Mohamed Chihi, adjoint à la Sécurité, expliquait officiellement travailler avec « des associations très investies sur ces combats, comme la Jeune Garde » pour lutter contre les groupuscules d'extrême droite. Olivier Vial, président du CERU, a même accusé la mairie écologiste d'être allée jusqu'à fournir à la Jeune Garde un accès direct aux caméras de vidéosurveillance de la ville pour traquer et ficher leurs cibles politiques.
Confronté lors d'un débat télévisé pour les municipales en février 2026 sur BFMTV, le maire Grégory Doucet a lui-même reconnu l'ampleur de ce partenariat : « Il y a eu des collectes d'informations auprès d'un certain nombre d'organisations, la Jeune Garde en fait partie ». Ces renseignements privés, récoltés en dehors de tout cadre légal et sans aucune habilitation officielle, ont permis à la municipalité et à la Préfecture d'engager des procédures de fermeture visant des locaux et des associations de droite ou nationalistes. En effet, Doucet a justifié cette collaboration en expliquant que ces données avaient permis à la Ville « d’engager des actions » concrètes dans le Vieux Lyon.
Pour nourrir les dossiers administratifs de dissolution et de répression, la mairie et la Préfecture valident ainsi l'usage de méthodes globalement illégales: listes de fichage nominatives, photos volées et infiltrations de comptes privés via de faux profils. Plus grave encore, cette collaboration s'appuie sur le fruit de vols de téléphones portables ou de documents d’identité arrachés à des militants de droite lors d’agressions physiques ciblées, comme cité plus haut, des informations illégales que les institutions acceptent de recycler à leur compte.
Raphaël Arnault et la Jeune Garde se félicitent même des dissolutions contre les groupes nationalistes. Pour lui, ces dissolutions sont une « véritable fierté du travail qu'on a pu faire avec la Jeune Garde ». Avec ces méthodes, la Jeune Garde assume avoir « fini par gagner [...] pas en termes idéologiques, mais sur le terrain, puisqu’on a également obtenu leur dissolution », justifiant cette méthode par la nécessité de « détruire des outils organisationnels » adverses.
Cependant, cette « gestion déléguée » du renseignement a déclenché une véritable tempête judiciaire. Fabrice Riva, un élu d'opposition, a déposé un signalement au procureur de la République (via l'Article 40) contre Grégory Doucet et son adjoint à la Sécurité, Mohamed Chihi. L'élu les accuse de « recel d’infractions », d'« association de malfaiteurs » et de « complicité d’infractions relatives à la collecte illégale de données personnelles ».

Photomontage documentant les liens entre l'organisation antifasciste et les institutions. À l'image : Raphaël Arnault aux côtés de Mohamed Chihi, adjoint à la sécurité de la Ville de Lyon.
« ACAB » DANS LA RUE, ESCORTE POLICIÈRE EN PRIVÉ
L'aspect le plus sidérant de ce dossier reste l'hypocrisie de Raphaël Arnault. Alors que ses troupes scandent « Tout le monde déteste la police » et « ACAB », acronyme de l’anglais « All cops are bastards » (Tous les flics sont des salauds) comme durant les Gilets Jaunes comme le rapporte Le Progrès et affichent une haine viscérale de la police, le fondateur de la JG, alors qu'il n'était pas encore député mais bien militant antifasciste fiché S, utilise les forces de l'ordre comme un service de protection privé grâce à son amitié politique avec Mohamed Chihi.
Un rapport de police interne (le CIC 69) que L’Observatoire avait pu se procurer en exclusivité révèle un épisode surréaliste daté du 13 juin 2024. Craignant d'être attendu par des opposants à la gare de Lyon Part-Dieu, Arnault a téléphoné directement sur le portable de Mohamed Chihi. L'adjoint à la sécurité a alors immédiatement ordonné à la police nationale de déployer des équipages pour sécuriser le chef antifasciste fiché S, réorientant même les patrouilles en urgence vers la gare de Perrache quand le militant a changé de destination.
L'ironie est telle, une fois la zone sécurisée par la police envoyée par la mairie, les membres de la Jeune Garde (dont l'assistant parlementaire Jacques-Élie Favrot, ayant reconnu sa présence dans le lynchage de Quentin) s'en sont pris à un jeune couple sur le quai, les rouant de coups de poing et de matraque télescopique avant de s'enfuir. Ce système permet à une milice de hurler sa haine de la police le jour, tout en s'en servant comme d'un garde du corps privé pour agresser ses adversaires en toute impunité.
Certains de ces épisodes ont été vivement critiqués par les militants autonomes, qui y voient la preuve d'une complaisance inacceptable avec l'État et les autorités qu'ils prétendent pourtant combattre.
-2.png)
Toute cette stratégie de réjouissance face aux dissolutions, fruits d'une collaboration étroite avec les autorités, a été très mal perçue par le reste du milieu antifasciste, notamment par le courant autonome, représenté à Lyon par la GALE. Ces derniers ont reproché à la Jeune Garde de pratiquer un « antifascisme de préfecture », jugeant impensable et dangereux de s'en remettre aux institutions de l'État que les antifas sont censés combattre. Ils avaient d'ailleurs prévenu la Jeune Garde que se réjouir et utiliser l'outil de dissolution de l'État finirait par se retourner contre la gauche et leurs propres organisations.
L'imposture de la Jeune Garde se referme ainsi sur elle-même. En troquant l'autonomie militante contre des entrées à la Préfecture et le confort des escortes policières, l'organisation de Raphaël Arnault a transformé la lutte de rue en une milice liée aux institutions. Ce « pacte » avec le pouvoir, fondé sur la délation et le fichage illégal, a fini par engendrer une violence incontrôlable et le meurtre de Quentin. Comme l'avaient prédit les militants autonomes, l'utilisation des outils répressifs de l'État s'est finalement retournée contre ses propres instigateurs : les renseignements territoriaux ont photographié tous les membres de la Jeune Garde avant qu'ils ne lynchent Quentin à mort. In fine, ce double jeu entre slogans « ACAB » et collaboration policière restera le symbole d'un antifascisme utilisé par le pouvoir en échange de quelques privilèges et d'une répression accrue de l'extrême droite.





.jpg)


