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Affaire du 08/12 : le terrorisme d'extrême gauche devant les tribunaux

4/5/2026

Le procès en appel de l’affaire dite du « 8 décembre », de « Libre Flot » ou encore « des punks à chiens » débute ce lundi 4 mai, confrontant à nouveau à la justice anti-terroriste les membres d’un informel groupe de militants d’extrême gauche autonome (mené par un volontaire revenu du Kurdistan) accusés d’avoir préparé des actions terroristes contre la police. Passée relativement inaperçue des grands médias, peu soutenue par les grandes figures de la gauche parlementaire, mais très couverte par la presse militante de la mouvance autonome et des punks anars, cette affaire représentait le premier procès d’envergure de l’ultra-gauche pour terrorisme depuis le fiasco judiciaire du Tarnac, débouchant cette fois-ci sur une condamnation.

DANS LE VISEUR DU PARQUET NATIONAL ANTI-TERRORISTE (PNAT) ?

L’homme au centre du dossier, le meneur du groupe, est Florian Dahuron dit « Libre Flot ». Il a été condamné en première instance en décembre 2023 à cinq ans de prison dont trente mois avec sursis, une peine qu’il avait déjà en grande partie effectuée durant une année et demie de préventive, avec isolement. Une peine symbolique avec un mince reliquat, mais que le prévenu entend bien contester, prolongeant une stratégie de défense très politique qui vise à dénier toute légitimité d’enquête à la justice anti-terroriste.

Florian Dahuron est un vieux briscard de l’extrême-gauche française. Il était déjà connu des services de police pour son militantisme aux côtés des redskins antifas de Julien Terzics en 2002, à la ZAD de Sivens en 2013 mais également pour son engagement comme volontaire armé auprès des milices kurdes de Syrie affiliées au PKK (mouvement autonomiste et communiste classé comme terroriste) en 2017.

LE FOND DE L'AFFAIRE ?

Florian Dahuron est accusé de s’être livré à une association de malfaiteurs terroristes. Plus précisément, il est accusé d’avoir, à son retour de Syrie, structuré un réseau autour de ses amis proches et de ses camarades dans le but de se livrer à des frappes contre la police. L’enquête étendue des services anti-terroristes, qui iront jusqu’à piéger et mettre sous écoute le camion de Dahuron, révélera des éléments probants mais au potentiel de létalité limité. L'enquête a mis au jour des fabrications d’explosif de type TATP dans des charges réduites, des vols de matériel agricole pour servir de charge, l’accumulation de textes pratiques de mouvements anarchistes terroristes étrangers, la possession de quelques armes à feu, de nombreux propos tenus aux cours de soirées parlant du grand soir et de meurtres de policiers…

Les profils des divers accusés, marqués par la drogue, l’isolement social (beaucoup vivent dans des camions sans domicile fixe) que vient pallier le militantisme radical, dresse le tableau d’une bande hétéroclite dont le passage à l’acte constituait une possibilité, ce qui explique la décision des juges de condamner l’ensemble des prévenus à des peines modérées, malgré la défense acharnée de la dizaine d’avocats réunis pour les six accusés.

UNE DÉFENSE D'EXTRÊME GAUCHE ASSUMÉE

Le timonier de cette défense politique est Raphaël Kempf. Fils du journaliste écologiste Hervé Kempf, candidat LFI à Paris aux législatives de 2024, c’est un avocat qui ne fait pas mystère de ses opinions politiques et a rapidement acquis une certaine notoriété en défendant des dossiers brûlants liées à la question terroriste : ainsi il est le conseil de Yassine Attar, frère du cerveau des attentats du Bataclan, de mafieux kurdes condamnés pour financement du terrorisme en 2023, de Libre Flot… mais également des assassins de Quentin Deranque actuellement en détention provisoire à la suite du lynchage à mort du militant nationaliste en février dernier.

Menée par une équipe d’avocats largement issus de la « Legal Team », le service juridique informel de la mouvance autonome, la défense s’est articulée au cours des seize jours de procès en première instance autour de la stratégie suivante : nier toute légitimité d’enquête et d’action aux enquêteurs des services, au PNAT, et aux juges des libertés. Les avocats ont profité des débats pour mettre en scène une tribune politique, convoquant experts, militants associatifs et politiques afin d’exposer leurs thèses sur la détention provisoire, la qualification terroriste (évidemment jugée illégitime) du mouvement kurde, la mesure d’isolement (pourtant prononcé pour protéger les militants politiques des abus de criminels de droit commun) dénoncé comme une « torture blanche », les interrogatoires comparés aux méthodes de l’Inquisition et produisant nécessairement des aveux insincères, les écoutes, etc… Ainsi l’affaire Libre Flot, bien que d’une envergure relative dans son fond, donne le prétexte à une remise en cause totale des outils utilisés par l’État de droit pour enrayer et sanctionner la violence politique, en ciblant l’une des branches de la magistrature qui reste l’une des seules à ne pas se soumettre au diktat de l’hégémonie politique de gauche.

Ainsi, bien que les enjeux matériels de ce procès en appel soient minimes, Libre Flot et la plupart de ses complices n’étant pas retournés en prison et n’ayant que des périodes de mise à l’épreuve modérées à effectuer, il donnera sans doute à nouveau lieu à une nouvelle tentative d’imposer le politique au sein du débat judiciaire, l’enjeu étant d’obtenir une relaxe générale évidemment afin d’écarter la possibilité d'associer l'extrême gauche au terrorisme, mais également pour durablement mettre en doute la légitimité à enquêter et instruire des institutions anti-terroristes.

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