L’observatoire des violences POLITIQUES
X
Enquêtes

Procès Le Priol : l’assassinat de Federico Aramburú est-il un crime politique d’extrême droite ?

Pour les médias, quand la violence vient de droite, elle devient idéologie ; quand elle vient de gauche, elle devient contexte. Voilà toute l’hypocrisie du deux poids, deux mesures que révèle le procès qui s’ouvre aujourd’hui.

7/9/2026

Ce lundi 7 septembre débute devant la cour d'assises de Paris le procès pour des meurtriers de l'ancien international argentin de rugby, Federico Martín Aramburú, survenu le 19 mars 2022 à Paris. Ce qui aurait pu n’être que l’ordinaire procès d’une banale rixe nocturne prend pourtant une toute autre tournure dans la sphère médiatique ; ce procès c’est celui de la violence politique d’extrême droite.

Pourquoi ? Parce que les deux accusés, Loïk Le Priol et Romain Bouvier, sont des figures connues de l’extrême droite, des anciens membres du GUD, le mouvement étudiant iconique du nationalisme révolutionnaire universitaire, dissous par le gouvernement récemment par ailleurs.

ACCUSER LA DROITE DE VIOLENCE

Les médias se montrent donc unanimes dans leur présentation de ce crime ; pour eux, la messe est dite. Les meurtriers sont des assassins, nourris et armés par l’idéologie mortifère de l’extrême droite, sa violence et son virilisme toxique. Les véritables coupables sont désignés : c’est l’extrême droite, son idéologie et sa culture de la violence politique. À six mois de la présidentielle, ce procès est l’occasion d’effacer Quentin pour remettre le danger fasciste à l’agenda.

DÉDOUANER LA VIOLENCE DE GAUCHE

Le procès de Le Priol est une belle occasion de médiatiser le thème des violences politiques, en exploitant une affaire qui concerne l’extrême droite – celles d’extrême gauche étant presque constamment passées sous silence, sauf lorsqu’il s’agit d’un meurtre bien évidemment.

La personnalité de la victime, Federico Martín Aramburú, ancien international argentin de rugby ayant joué à Biarritz, a suscité une forte émotion et l’intérêt des médias pour cette affaire. La personnalité et le profil des accusés devaient nourrit la récupération politique partisane de ce crime.

Pourtant, tout en sachant que les versions sur le déroulement des faits diffèrent selon que l’on écoute les parties civiles, les accusés ou les médias et que le procès devrait éclairer les zones d’ombre, il convient d’abord de revenir sur ce que l’on sait de cette triste nuit. Après l’étude des faits, c’est la question de l’infraction politique qu’il faut interroger ; qu’est-ce qui est de de nature, en droit, à constituer un crime politique ? Ce n’est qu’ensuite qu’il est possible de répondre à la question de savoir si nous sommes ou non en présence d’un crime politique d’extrême droite.

REVENONS SUR LES FAITS

Cette nuit-là, l’Argentin venu à Paris pour assister à match du tournoi des Six Nations termine une soirée arrosée avec un ami, Shaun Hegarty (son associé, ancien rugbyman, lui aussi), dans un bar-restaurant de Saint-Germain-des-Prés. Se trouvent également, à une table voisine, deux jeunes hommes, Loïk Le Priol et Romain Bouvier, accompagnés de l’amie du premier ; pour ceux-ci aussi, la soirée a été plus que largement arrosée.

Même si l’on n’en connaîtra le détail exact que lors du procès qui débute ce 7 septembre, beaucoup d’éléments sur les faits ont été révélés dans la presse et permettent de retracer le fil des évènements. Les témoignages rendus publics et la vidéosurveillance de l’établissement où les différents protagonistes passaient leur soirée permettent de décrire l'enchaînement des faits.

Au bout de la nuit, vers 5h30 du matin, un homme aborde Loïk Le Priol et Romain Bouvier en leur demandant une cigarette et s’ensuit une altercation verbale violente ; certains évoquant la tenue de propos déplacés et à connotation raciste. Assis à une table voisine, les deux anciens rugbymen (âgés de 42 et 38 ans) interviennent et cherchent à calmer la situation ; cela ne fait que l’envenimer. Alors que Shaun Hegarty se lève pour sortir fumer, l’Argentin le rejoint et passant à la hauteur de Romain Bouvier et Loïk Le Priol, il attrape soudainement celui-ci par le cou et le fait basculer de sa chaise. Ancien des forces spéciales, Le Priol se relève et se jette sur Aramburú tandis qu’une bagarre générale éclate. Serveurs et videurs du bar interviennent, ceinturent et séparent les protagonistes, qui partent chacun de leur côté tandis que Le Priol profère des menaces de mort.

L’histoire, qui n’aurait pu rester qu’une rixe alcoolisée de samedi soir, ne s’arrête hélas pas là. Loïk Le Priol et Romain Bouvier retournent à leur véhicule et tandis que leur amie prend le volant, recherchent les deux rugbymen. Les retrouvant, Romain Bouvier fait feu sans toucher sa cible, arrivé immédiatement après, Le Loïk Priol tire à plusieurs reprises et tue l’Argentin. Tous fuient. La conductrice est arrêtée le jour même et les deux tireurs le sont trois jours plus tard, Romain Bouvier dans la Sarthe et Loïk Le Priol en Hongrie alors qu’il cherchait à rejoindre l’Ukraine. Leur personnalité est au cœur de cette affaire.

QUI SONT LES ACCUSÉS ?

Principal accusé, Loïk Le Priol est un ancien militaire né en 1994. Après l’école des mousses il devient fusilier-marin puis rejoint le commando de Montfort au sein des Forces spéciales ; entre 2013 et 2015, il combat au Mali et reçoit deux citations. En missions à Djibouti, Il est rapatrié en France en raison d'un état de stress post-traumatique (ESPT) et placé en congé de longue maladie (il sera ensuite réformé). C’est à son retour en France que sa vie prend une nouvelle tournure marquée par des actes de violence et un militantisme à l’extrême droite.

Un peu plus âgé, Romain Bouvier est né en 1991. Étudiant en droit (master), il rejoint et milite dans les rangs du GUD, sans parvenir à terminer ses études ; son engagement militant le conduit à exercer différentes activités professionnelles peu stables. Au sein du GUD, il rencontrera Loïk Le Priol avec lequel il se lie d’amitié. Leur relation sera émaillée par les affaires judiciaires jusqu’à la triste soirée du 19 mars 2022.

Dès février 2015, les deux hommes, ivres, agressent deux personnes qui se prenaient en photo devant la voiture de Le Priol (ils seront tous deux condamnés en 2017 à an de prison avec sursis) ; surtout, ils sont mêlés à une sinistre affaire de violence en octobre 2015 : l’agression d’un ancien responsable du GUD, Édouard Klein. Sur fond de rivalités de pouvoir et d'argent, la nouvelle équipe dirigeant l’organisation s’est rendue, après une soirée très alcoolisée, au domicile de l’ancien chef du mouvement, qui s’est vu tabassé et humilié par un groupe de cinq hommes parmi lesquels se trouvaient Le Priol et Bouvier (ils seront condamnés en 2022 à quatre ans de prison dont deux fermes pour le premier et cinq ans de prison dont trois avec sursis pour le second). Au moment des faits du 19 mars 2022, Loïk Le Priol et Romain Bouvier se trouvaient sous contrôle judiciaire et avaient notamment l’interdiction de se rencontrer…

QU’EST-CE QU’UNE INFRACTION POLITIQUE ?

La première chose à relever c’est que le droit français ne reconnaît pas en tant que telle l’infraction dite « politique » ; en particulier, il n’en existe pas de définition légale générale dans le Code pénal français. C’est la doctrine qui définit cette infraction, au sens strict comme celle « qui porte atteinte à l’existence, à l’organisation et au fonctionnement de l’État », (Roger Merle et André Vitu, Droit pénal général) ; plus largement, serait politique toute infraction déterminée par des motifs d’ordre politique ou idéologique. On peut ajouter que l’article L. 1726-1 du Code de procédure pénale qui entrera en vigueur en 2029 déclare certaines infractions comme politiques, mais il ne porte que sur les modalités d’exécution de la détention ou de l'extradition. En absence de définition légale l’infraction politique s’identifie par combinaison de critères subjectifs et objectifs.

  • Le critère objectif : la nature de la cible. Ce critère s'attache à l'objet même de l'infraction. Elle serait considérée comme politique si elle porte directement atteinte aux institutions de l'État, à l'ordre public supérieur ou à la souveraineté nationale (trahison, espionnage, insurrection…) ; il pourrait en être de même des infractions liées aux élections (fraude électorale massive ou sabotage d'un scrutin) ou des délits de presse politiques.


  • Le critère subjectif : le mobile de l'auteur. Ce critère s'intéresse exclusivement aux motivations de l'auteur de l’acte, sans tenir compte de la nature de celui-ci, même s'il s'agit d'une infraction de droit commun (meurtre, vol, destruction de biens publics ou privés…) ; l’acte en cause doit être dicté par une idéologie ou une philosophie politique. Evidemment, la limite de ce critère réside dans le fait que l’acte en cause, ici un meurtre, reste un meurtre (et relève du droit commun), même si sa motivation pouvait être politique (ainsi de l’assassinat d’un chef d’Etat ou d’un responsable politique) ; ici c’est le mobile qui confèrerait une dimension politique. Pour autant la justice rejette ce critère subjectif.



Par voie de conséquence, il ne suffit pas de dire qu’une infraction serait « politique » pour qu’elle mérite de recevoir cette qualification.




L’ASSASSINAT DE FEDERICO ARAMBURÚ EST-IL UN CRIME POLITIQUE ?

N’en déplaise à l’extrême gauche et plus globalement aux médias, l’assassinat de Federico Martín Aramburú par Loïk Le Priol ne constitue en aucun cas un crime politique mais constitue bien un crime de droit commun, quand bien même des éléments de nature politique puissent être évoqués.

D’abord et au regard du critère objectif, l’assassinat du rugbyman argentin ne saurait être qualifié de crime politique. La victime n’était pas une cible institutionnelle et l'acte commis ne visait ni les structures de l’État, ni le processus électoral. La victime n’était ni un homme politique en fonction, ni un acteur de la sphère politique, ni un militant d’extrême gauche ; Federico Aramburú était un chef d'entreprise et un ancien sportif. L'acte ne visait absolument pas l’ordre politique ou la souveraineté de la Nation.

Le critère subjectif est également absent de l’infraction. Le drame est né d'une rixe de bar, suscitant un conflit entre les deux hommes sur fond d’alcoolisation. Il ne s’agissait en aucun cas de la réalisation d'un plan concerté visant à renverser un pouvoir politique ou mener un projet terroriste global. Les tirs portés à Federico Aramburú n’étaient ni dictés par l’idéologie, ni par une philosophie politique quelconque. On peut encore relever à l’appui de ce constat que ni Loïk Le Priol, ni Romain Bouvier n’avaient d’activités politiques au moment des faits ; ni responsables, ni militants, ils n’appartenaient à aucun groupe politique connu.

Le crime commis contre Federico Aramburú ne relève donc en aucun cas de la catégorie des crimes politiques et l’affirmation de l’existence d’un crime politique lié à l’extrême droite ne possède pas le moindre sens d’un point de vue juridique. En véhiculant le discours du crime politique d’extrême-droite, cela permet, en contrepoint, de sous-entendre la légitimité de l’autodéfense contre une extrême droite violente et cause de meurtres. Un crime ne devient pas politique parce que ses auteurs ont les mauvaises fréquentations idéologiques. Mais certains voudraient qu’il le devienne pour pouvoir mieux condamner un camp et excuser l’autre.

ACCUSER L’EXTRÊME DROITE POUR ABSOUDRE L’EXTRÊME GAUCHE

Force est de constater que s’il existe bien une violence politique causé par l’extrême droite en France, celle-ci se traduit essentiellement par des violences, des coups et blessures, voire des destructions de biens sans causer de décès. Et l’examen de nombre d’affaires imputées à l’extrême droite le révèle d’ailleurs.

Parmi celles-ci, l’affaire, emblématique en la matière, de la mort de Clément Méric, le 5 juin 2013 le prouve bien. Une bagarre s’est déclenchée alors que le jeune homme rejoignait d’autres antifas pour attaquer des militants d’extrême droite repérés lors d’une vente de vêtements. Au cours de cette bagarre Clément Méric a un coup qui a causé sa mort. La justice a d’ailleurs finalement retenu, contre l’auteur des coups, la qualification pénale de « coups mortels », c’est-à-dire de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Ce qui démontre bien qu’il n’y avait jamais eu, dans cette affaire, l’intention de tuer le jeune militant antifasciste. Il s’agit d’un accident né d’une rixe entre militants politiques, durant laquelle il n’y a eu aucun acharnement sur un homme à terre, à la différence du meurtre de Quentin, qui s’est fait lyncher par plusieurs antifas de la Jeune Garde alors qu’il se trouvait à terre et inanimé.

Un constat semblable peut être fait de l’attaque de la mosquée de Bayonne. Un homme de 84 ans a tenté d’incendier cette mosquée le 28 octobre 2019 ; surpris par deux fidèles, il tirait sur eux et les blessait, avant de fuir et d’être arrêté peu après par la police. Si le vieil homme avait été candidat aux élections pour le RN (alors qu’il était déjà âgé de 80 ans), il possédait surtout une personnalité extrêmement confuse et instable. Son examen psychiatrique ultérieur a d’ailleurs conclu à une altération de son discernement. Son acte, commis seul et de manière impulsive, tenait donc davantage de la dérive sénile et de la rancœur personnelle que d’un quelconque projet politique (le Parquet national antiterroriste avait d'ailleurs refusé de se saisir du dossier pour cette raison).

Le seul exemple de violences politiques ayant conduit à la mort ces dernières années est bel et bien, au contraire, le fait de l’extrême gauche, à l’occasion du meurtre en bande organisée de Quentin Deranque en février 2026… Insister sur les crimes politiques de l’extrême droite permet de relativiser ceux de l’extrême gauche. Condamner la violence de ses adversaires et relativiser celle de ses alliés : ce n’est pas combattre la violence politique, c’est pratiquer la politique du deux poids, deux mesures.

L’IDÉOLOGIE POLITIQUE DES AUTEURS A-T-ELLE JOUÉ UN RÔLE ?

Bien évidemment, les deux accusés de la mort de Federico Aramburú, dont le procès s’ouvre étaient d’ancien militants et d’extrême droite et possédaient une culture politique issue de ce milieu où ils se sont connus et dont étaient issues la quasi-totalité de leurs relations.

Bien évidemment encore, Loïk Le Priol, ancien militaire, et Romain Bouvier, tous deux activistes au sein du GUD possédaient une culture certaine de la force et de la violence ! En atteste d’ailleurs les condamnations reçues pour des actes de violence commis avant cette nuit du 19 mars.

De manière toute aussi importante que l’idéologie, on doit relever la présence massive de l’alcool à l’occasion de tous ces actes. Dans les deux affaires précédent l’assassinat, comme dans le déroulé de cette nuit, on constate une surconsommation d’alcool et parfois, de médicaments. Il est certain que sans excuser les actes, cette imprégnation alcoolique, tout autant que l’idéologie, a nourri le comportement et la violence des accusés. Les crimes imputés à l’extrême droite, qui seraient au nombre de 48 comme l’ont relevé en nombre les spécialistes de la question après la mort de Quentin Deranque, relèvent pour la majorité de la même logique. En outre, au-delà des crimes, ces dernières années, la violence politique est très largement le fait de l’extrême gauche, qui sabote, détruit, agresse en surnombre et blesse les policiers.

Quand la violence vient de droite, elle devient idéologie ; quand elle vient de gauche, elle devient contexte. Voilà toute l’hypocrisie du deux poids, deux mesures que révèle cette affaire.

Dès lors, transformer le meurtre de Federico Martín Aramburú en « crime politique d’extrême droite » relève moins du droit que d’une lecture politique des faits. La justice devra établir les responsabilités et les circonstances exactes du drame, sans que l’étiquette idéologique des accusés ne suffise à transformer un crime de droit commun en crime politique. L’indignation est légitime lorsqu’elle frappe la violence, mais elle perd toute crédibilité lorsqu’elle devient sélective. La véritable hypocrisie consiste alors à dénoncer avec fracas la violence d’un camp tout en relativisant ou en passant sous silence celle de l’autre. La lutte contre la violence politique ne peut être crédible qu’à la condition de condamner la violence sans regarder la couleur idéologique de ceux qui la commettent. L’ouvrage Violences politiques en France, dirigé par Isabelle Sommier et publié en 2021, démontre par ailleurs, en dépit d’une méthodologie largement défavorable à l’extrême droite, qu’en 2016 et 2017, qui correspondent aux deux dernières années étudiées dans le livre, que l’extrême gauche était responsable de plus de 80 % des violences politiques. Cette tendance persiste aujourd’hui.

No items found.

Sur la même categorie

ARTICLES RÉCENTS

Ne manquez aucune de nos publications !

Votre abonnement n'a pas pu être enregistré. Veuillez réessayer.
Votre inscription a été effectué avec succès.