
Le Média, proche de LFI, accusé de racisme et de favoritisme par des salariés et anciens salariés
Racisme, favoritisme, copinage, harcèlement : depuis plusieurs mois, une violente guerre interne secoue Le Média. Le collectif « Sauvons Le Média », qui se présente comme composé de salariés et d’anciens salariés, accuse la nouvelle direction d’avoir progressivement écarté plusieurs journalistes noirs ou arabes des postes de responsabilité au bénéfice de profils blancs jugés moins expérimentés ou proches du nouveau pouvoir.
Des accusations particulièrement embarrassantes pour ce média fondé en 2017 dans le sillage de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon et qui fait de l’antiracisme l’un des piliers de sa ligne éditoriale.
Deux journalistes immigrés candidats, Lisa Lap finalement intégrée au directoire
À la suite de la démission de Nadia Sweeny fin 2025, deux journalistes se manifestent pour lui succéder : Amina Kalache et Cyril Lemba. Tous deux sont des figures régulières de l’antenne et tous deux sont extra-européens. Ils ne seront finalement pas choisis.
Les deux membres restants du directoire, Marion Lopez et Diego Siaud, proposent au conseil de surveillance la candidature de Lisa Lap, journaliste du Média et ancienne représentante du personnel. Cette Française de souche obtient finalement le poste.
« Sauvons Le Média » voit dans cette séquence un exemple de copinage et de racisme. Le collectif affirme notamment que la candidature de Lisa Lap aurait été déposée hors délai et souligne que cette femme de 28 ans est moins expérimentée que les deux autres candidats. Il la présente également comme proche de la présidence du conseil de surveillance.
Une journaliste noire très expérimentée écartée au profit de Nicolas Mayart
Un deuxième cas alimente encore davantage les accusations de racisme. Après le licenciement de Théophile Kouamouo, Le Média lance une procédure pour réorganiser sa direction éditoriale. Selon « Sauvons Le Média » et la journaliste Widad Ketfi, une candidate noire disposant de quatorze années d’expérience journalistique, dont cinq à la BBC et trois comme rédactrice en chef, présente sa candidature. Or, elle n’est pas retenue.
Le poste de rédacteur en chef est alors supprimé et remplacé par une fonction de coordination éditoriale, finalement confiée à Nicolas Mayart, 26 ans, qui était jusque-là responsable du pôle réseaux sociaux du Média. Si l’intitulé change, il s’agit bien de la principale fonction de coordination de la rédaction.
Widad Ketfi ironise publiquement sur ce choix : quelques jours d’intérim auraient ainsi suffi, selon elle, à faire préférer Nicolas Mayart à une journaliste disposant de quatorze années d’expérience. Selon le collectif, cette décision serait à la fois le fruit du racisme et du favoritisme.
Le cas Fabrice Wuimo
Camerounais, diplômé de l’ESJ Lille et journaliste au Média depuis 2023, Fabrice Wuimo avait pris la responsabilité du pôle actualités. Selon Théophile Kouamouo, il était alors le seul chef de service en CDD et le seul salarié étranger occupant un tel niveau de responsabilité.
Kouamouo affirme qu’un passage en CDI lui avait été promis, notamment alors que son titre de séjour devait prochainement être renouvelé. Après l’arrivée du nouveau directoire, cette embauche n’a finalement pas eu lieu.
L’ancien rédacteur en chef affirme également que Fabrice Wuimo aurait été privé de piges pendant plusieurs mois, malgré une pétition interne en sa faveur, avant que la perspective de son CDI soit définitivement abandonnée. Selon le journaliste Mourad Guichard, le Camerounais aurait ensuite été contraint de travailler comme agent d’hôtel afin de conserver une situation lui permettant d’éviter une expulsion du territoire national.
Des proches mieux payés, des salariés non blancs lésés ?
« Sauvons Le Média » ne limite pas ses accusations de racisme aux postes de direction. Le collectif affirme qu’elles se retrouveraient également dans les rémunérations. Des salariés noirs ou arabes se seraient vu refuser des augmentations tandis que, dans le même temps, Marion Lopez, ancienne pigiste devenue membre du directoire, Diego Siaud et les autres membres de la direction bénéficient d’une indemnité brute supplémentaire de 900 euros liée à leur mandat, alors que les opposants au directoire assurent que cette fonction était auparavant exercée bénévolement.
Le collectif dénonce surtout ce qu’il décrit comme un véritable système de copinage autour de Marion Lopez. Il affirme qu’elle aurait recruté son compagnon, le journaliste Amine Snoussi, devenu l’un des pigistes les mieux rémunérés du Média. Autre cas pointé : Lorenzo Cottier, monteur et frère d’Arthur Cottier, membre du conseil de surveillance chargé précisément de contrôler le directoire, aurait perçu sur un mois plus de 6 000 euros bruts.
Une succession de nominations, de liens personnels et d’écarts de rémunération que les contestataires présentent comme la manifestation concrète du « clanisme » et du « favoritisme » qu’ils reprochent à la nouvelle direction.
La direction dénonce une campagne de « diffamation »
Face à l’accumulation des accusations, les principales instances du Média ont fini par réagir ensemble. Le 29 juillet, le directoire, le conseil de surveillance, le CSE et la coordination éditoriale ont dénoncé une campagne de « harcèlement, de diffamation et de désinformation ». Ils accusent à leur tour leurs opposants de propos racistes et affirment qu’une dizaine de salariés et sociétaires ont décidé de porter plainte.
Ils contestent surtout l’idée d’une « chasse aux non-blancs », rappelant que plusieurs journalistes racisés — parmi lesquels Cyril Lemba, Amira Bendjaballah Jean-Pierre, Amine Snoussi ou Sara Trabi — continuent d’occuper une place importante à l’antenne ou dans l’entreprise.
De son côté, le collectif à l’origine de la fronde affirme avoir engagé une procédure devant le tribunal de commerce afin de contester certaines nominations et rémunérations du directoire.
Quoi qu’il arrive, la guerre interne qui frappe Le Média en dit long sur la gauche. Plusieurs journalistes noirs ou arabes qui ont travaillé ou travaillent encore pour l’un des médias les plus ouvertement antiracistes de France accusent désormais sa direction de reproduire en interne les mécanismes de discrimination et de favoritisme qu’il dénonce quotidiennement chez les autres. Le Média serait désormais dirigé par des suprémacistes blancs. Qui l’eût cru ?

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