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Comment l’extrême gauche a utilisé les violences autour d’OL-Le Havre pour cibler les ultras lyonnais

8/9/2026

« Terreur fasciste », « hooligans néonazis », « tentative d’assassinat raciste » : pendant plusieurs jours, les incidents survenus autour du Groupama Stadium en marge du match OL-Le Havre ont donné lieu à un emballement politique et médiatique spectaculaire.

Les faits ont immédiatement été exploités afin de nuire aux ultras de l’Olympique lyonnais, à commencer par les Bad Gones. Pourtant, les premiers éléments des enquêtes dessinent désormais une réalité beaucoup plus complexe. L’une des deux agressions, initialement présentée comme totalement gratuite, semble désormais s’inscrire dans une rixe entre groupes de supporters rivaux. Dans l’autre affaire, le rôle attribué aux ultras par la victime est désormais contesté par les Bad Gones, qui livrent une version radicalement différente de celle diffusée pendant plusieurs jours. 

DES INCIDENTS EN MARGE DU MATCH LYON-LE HAVRE

Samedi 29 août, en marge de la rencontre OL-Le Havre, plusieurs personnes sont blessées aux alentours du Groupama Stadium. Très rapidement, un même récit s’impose : des hooligans lyonnais d’extrême droite auraient parcouru les abords du stade pour s’en prendre à des personnes d’origine maghrébine.

Des médias parlent d’« agressions racistes ». À l’extrême gauche, Contre Attaque évoque une « terreur fasciste » menée par des « hooligans néo-nazis ». Le député LFI Thomas Portes va jusqu’à dénoncer une « tentative d’assassinat raciste ». D’autres élus insoumis, comme Raphaël Arnault et Abdelkader Lahmar, invoquent des « néo-nazis » et des « criminels suprémacistes ».

Presque immédiatement, le principal groupe de supporters de l’OL se retrouve dans le viseur : les Bad Gones. Le Kop Virage Nord se revendique pourtant apolitique. Il conserve néanmoins, dans l’imaginaire politique et médiatique, une réputation de droite liée à l’histoire de la tribune et au patriotisme assumé par ses membres. Il n’en fallait pas davantage pour que deux enquêtes judiciaires deviennent, en quelques jours, le procès de tout un groupe, qu’il faudrait dissoudre afin de mettre fin aux violences.

Or, à mesure que les jours passent, le récit initial commence sérieusement à se fissurer.

UN ADOLESCENT PRÉSENTÉ COMME UN PASSANT TOTALEMENT ÉTRANGER AU MONDE ULTRA

La première affaire est probablement celle qui illustre le mieux cet emballement. Quelques jours après OL-Le Havre, Le Progrès raconte l’histoire d’Adam, dont le prénom a été modifié, un adolescent de 17 ans sévèrement blessé aux abords du Groupama Stadium.

Sa mère décrit une attaque effroyable. Plusieurs dizaines d’individus, dont certains cagoulés, se seraient jetés sur le groupe dans lequel se trouvait son fils en criant notamment : « Négros, bougnoules, on va vous tuer. »

Adam souffre d’une fracture de la mâchoire, d’un nez cassé et de multiples blessures. Trente jours d’ITT lui sont prescrits. Les blessures ne sont évidemment pas contestables.

Un autre élément va donner à l’affaire son caractère particulièrement spectaculaire et choquant : selon le récit initial largement reproduit par la presse, Adam ne se rendait même pas au match. Il serait simplement sorti d’une partie de futsal avec ses amis avant de tomber, par hasard, sur une « horde » de hooligans d’extrême droite. L’histoire devient alors celle d’un adolescent maghrébin sélectionné au hasard pour son apparence et presque tué par des militants d’extrême droite.

LES VIDÉOS RACONTENT UNE TOUT AUTRE HISTOIRE

Selon les informations révélées par Lyon Foot, l’exploitation des images de vidéosurveillance du secteur aurait permis d’établir que le jeune homme avait en réalité participé, vers 20h, à un rassemblement du groupe de supporters Atypik Lyonnais.

Les enquêteurs privilégient désormais l’hypothèse d’une rixe entre deux groupes de supporters susceptibles de s’être donné rendez-vous pour en découdre. Une vingtaine de personnes auraient été présentes de chaque côté. Si ces informations ne justifient pas les blessures infligées au jeune homme, ni les éventuelles insultes racistes proférées, cela change radicalement la compréhension de l’affaire.

Le passant totalement étranger au monde des supporters, agressé au hasard alors qu’il rentrait innocemment du futsal, aurait donc été aperçu dans le rassemblement d’un groupe ultra quelques dizaines de minutes auparavant. Et il ne s’agit pas de n’importe quel groupe ultra.

ATYPIK LYONNAIS, NOUVEAU NOM D’UN GROUPE DÉJÀ BIEN CONNU DE L’OBSERVATOIRE

Le groupe Atypik Lyonnais s’appelait auparavant Six-Neuf Pirates. En octobre 2024, L’Observatoire avait consacré une longue enquête à ce nouveau groupe venu bouleverser l’équilibre des tribunes lyonnaises. À l’époque déjà, un affrontement entre les Six-Neuf Pirates et des ultras historiques de l’OL avait donné lieu à un récit très similaire : les premiers étaient décrits comme un jeune groupe inclusif victime de hooligans d’extrême droite.

Créés quelques mois auparavant, les Six-Neuf Pirates avaient notamment multiplié les tensions avec les groupes historiques. Des autocollants rivaux avaient été recouverts, des inscriptions « SNP » étaient apparues sur des productions du Virage Sud Lyon et des slogans antifascistes avaient accompagné certaines dégradations.

Le groupe avait aussi été présenté dans plusieurs médias, dont L’Équipe, comme « antifa ». Des membres avaient employé des symboles antifascistes et l’un de leurs responsables expliquait lui-même à France 3 vouloir offrir une alternative aux groupes possédant, selon lui, un « noyau dur de personnes d’extrême droite ».

Après la bagarre contre des ultras lyonnais en octobre 2024, un membre des Six-Neuf Pirates avait par ailleurs été interpellé alors qu’il tentait de se débarrasser d’un cutter. Loin du groupe de simples supporters sans arrière-plan idéologique présenté à l’époque, les Six-Neuf Pirates entretenaient donc depuis leur création un rapport évident à l’antifascisme et s'affirmaient comme une alternative aux ultras historiques. Le groupe, désormais Atypik Lyonnais, se revendique encore aujourd’hui cosmopolite et antiraciste.

Le conflit semble avoir survécu. Cette donnée est capitale pour comprendre les événements du 29 août. Si l’hypothèse actuellement privilégiée par l’enquête se confirme, la première affaire ne serait pas celle d’une chasse raciste menée contre des adolescents choisis au hasard, mais un nouvel épisode du conflit opposant deux groupes rivaux. Si cette réalité est confirmée, elle s’inscrirait très loin du récit martelé pendant plusieurs jours.

UNE DEUXIÈME AFFAIRE TOUT AUSSI TROUBLE ?

Après le match, Meriem Bouchedda, élue divers gauche de Rillieux-la-Pape, quitte le Groupama Stadium avec son compagnon, qui travaillait dans l’enceinte ce soir-là. Selon son témoignage, ils croisent alors un groupe d’hommes alcoolisés. L’un d’entre eux aurait lancé : « Sales bougnoules », puis « sales Arabes ».

Le compagnon de l’élue demande à qui s’adressent les insultes puis est projeté au sol et frappé. Meriem Bouchedda tente de s’interposer et est elle aussi malmenée. Elle souffre notamment d’une fracture du poignet.

Les violences ne font guère de doute et trois suspects ont depuis été interpellés dans l’agglomération lyonnaise. Ils sont tous trentenaires et possèdent un casier judiciaire. Le principal mis en cause, âgé de 33 ans et notamment connu pour des infractions liées aux stupéfiants, reconnaît les violences.

COMMENT LES BAD GONES SE SONT RETROUVÉS ACCUSÉS

Dans son témoignage, Meriem Bouchedda affirme qu’une quinzaine ou une vingtaine de supporters sont arrivés au cours de la scène. Certains d’entre eux portaient des écharpes du Kop Virage Nord, comme une photographie prise par l’élue l’atteste. Selon elle, personne ne serait intervenu pour l’aider. Plusieurs de ces hommes auraient même ri alors qu’elle demandait de l’aide.

Elle affirme également que l’un des protagonistes aurait répondu aux personnes arrivées sur place en substance que les victimes étaient des Arabes et qu’elles « méritaient » ce qui leur arrivait. À partir de là, les Bad Gones vont être progressivement intégrés au récit de l’agression, car Meriem Bouchedda reproche aux supporters présents de ne pas être intervenus pour leur venir en aide. Elle suppose par ailleurs que cette non-assistance serait due à son origine ethnique.

Cette affaire permet au PCF du Rhône d’évoquer la possibilité de la dissolution des Bad Gones et de Lyon 1950, si les groupes ne font pas eux-mêmes « le ménage » dans leurs rangs. Sur les réseaux sociaux, le nom Bad Gones devient synonyme de violence et d’extrême droite.

LE CAPO DES BAD GONES DONNE UNE VERSION TOTALEMENT DIFFÉRENTE

Vendredi 4 septembre, à l’occasion du match OL-Auxerre, les Bad Gones décident donc de répondre. Leur capo prend la parole à la mi-temps. Celui-ci explique que les ultras incriminés ne seraient absolument pas restés passifs devant un « lynchage ». Il affirme que les ultras seraient au contraire arrivés alors qu’une bagarre était déjà en cours et seraient intervenus pour porter assistance.

Autrement dit, là où Meriem Bouchedda décrit des supporters assistant en riant à l’agression de son compagnon, le groupe affirme que ses membres sont venus aider.

Le capo conteste également la manière dont la scène a été présentée : selon sa version, les membres présents découvrent une bagarre, et non un groupe participant collectivement à une agression raciste.

Meriem Bouchedda a elle-même filmé plusieurs personnes présentes après les violences. Les caméras de vidéosurveillance du secteur ont également enregistré la scène. C’est leur exploitation qui devra permettre de déterminer qui a frappé, qui est intervenu, qui est resté spectateur et qui appartient réellement à quel groupe. En tout cas, les Bad Gones ont annoncé vouloir déposer plainte contre Meriem Bouchedda pour diffamation, tandis que deux hommes seront jugés le 18 février 2027 pour « violences en réunion suivies d’incapacité totale de travail (ITT) ». La presse n’évoque toutefois aucune poursuite liée aux insultes racistes dénoncées par le couple. Par ailleurs, selon le parquet, l’ITT du compagnon de Meriem Bouchedda n’excède pas huit jours, alors que l’élue avait initialement évoqué quinze jours dans les médias. 

Désormais, le Kop Virage Nord « refusera de se faire traîner dans la boue » et poursuivra toutes les personnes qui salissent sa réputation.

CONCLUSION

Le problème dépasse donc les violences du 29 août. Car pendant plusieurs jours, des faits encore très mal établis ont servi de matière à un récit politique beaucoup plus vaste. La mécanique a été presque immédiate, avant même que les enquêteurs aient identifié les protagonistes. Ces affaires ont en réalité largement servi à faire avancer un agenda politique de gauche.

Les Bad Gones se revendiquent aujourd’hui apolitiques. Leur groupe affiche volontiers un patriotisme assumé, avec drapeaux français et Marseillaise. Ces caractéristiques suffisent régulièrement à faire resurgir les accusations d’extrême droite à son encontre.

Les violences ont ainsi servi de levier à ceux qui réclament depuis longtemps la marginalisation, voire la disparition, des groupes historiques jugés trop à droite (ou pas assez à gauche ?) dans les tribunes lyonnaises. Les appels à un « plan Leproux » et à la dissolution des Bad Gones se sont notamment multipliés sur les réseaux sociaux après les deux affaires.

L’objectif désormais affiché et revendiqué par de nombreux militants d’extrême gauche est de remodeler les tribunes lyonnaises afin d’en faire définitivement un espace cosmopolite et antiraciste. Dans ce cas, les groupes pourront assumer leur engagement, car lorsqu’ils assument leur antifascisme, comme les Red Kaos à Grenoble ou les South Winners à Marseille, cela n’intéresse pas les médias.

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