
Meurtre de Quentin : huit nouvelles arrestations, cinq mises en examen, trois incarcérations et de nombreuses interrogations
Sept mois après la mort de Quentin Deranque à Lyon, l’enquête judiciaire connaît un nouveau coup d’accélérateur. Le mardi 22 septembre, huit antifas ont été interpellés dans l’agglomération lyonnaise. Après 72 heures de garde à vue, cinq d’entre eux ont été mis en examen, tandis que trois ont été placés en détention provisoire.
Les huit personnes arrêtées sont soupçonnées d’avoir participé aux affrontements et aux différentes violences survenues le 12 février, sans être soupçonnées, à ce stade, d’avoir porté les coups mortels à Quentin Deranque.
Trois antifas ont finalement été remis en liberté sans poursuite. Les cinq autres ont été mis en examen pour « participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un délit puni d’au moins cinq ans d’emprisonnement ». Quatre d'entre eux sont également poursuivis pour des violences aggravées par trois circonstances.
Parmi les personnes incarcérées figurent notamment un homme de 26 ans et une femme de 24 ans. Ces nouvelles poursuites portent à quatorze le nombre de personnes mises en examen dans l’affaire.
Des arrestations et des perquisitions sept mois après les faits
Ce coup de filet intervient plus de sept mois après le meurtre du 12 février. Selon les informations publiées par le journaliste Jean Bexon, cinq des huit personnes interpellées ont également fait l’objet de perquisitions.
Le calendrier de ces opérations interroge. Quels éléments matériels susceptibles d’intéresser l’enquête pouvaient encore être découverts sept mois après les faits, alors que l’affaire a bénéficié d’une couverture médiatique considérable et que plusieurs membres de la Jeune Garde ont été interpellés dès février (et encore, plusieurs jours après le lynchage à mort) ?
Selon Me Frédéric Pichon, avocat du Collectif Némésis, le dossier comporterait des éléments qui tendraient à établir un rôle direct de Raphaël Arnault dans l'organisation de l'action.
Et Raphaël Arnault ?
La poursuite des investigations pose en effet une autre question : celle du rôle exact de Raphaël Arnault et de son éventuelle audition.
Le député LFI a fondé et dirigé la Jeune Garde, et si le groupuscule était déjà dissous au moment du meurtre, ce sont bien ses membres qui ont attaqué les nationalistes et tué Quentin. Ses anciens membres restaient actifs, mais n'agissaient plus sous le nom de la Jeune Garde. Quelques semaines auparavant, le mouvement Éteignons la Flamme avait été lancé par les anciens membres de la Jeune Garde, à Lyon.
Un meurtre a donc été perpétré par la Jeune Garde, l’organisation dirigée par Raphaël Arnault, mais le député n’a toujours pas été interrogé, malgré le faisceau d’indices qui tend à prouver une implication directe de Raphaël Arnault dans l’organisation de l’action puis dans la gestion des troupes après le drame.
En comparaison, le traitement judiciaire de l’affaire Clément Méric en 2013 mérite d’être évoqué. Serge Ayoub, le dirigeant de Troisième Voie et des JNR, avait été entendu par les enquêteurs dès le 7 juin 2013, soit deux jours seulement après l'affrontement du 5 juin et au lendemain de la mort de Clément Méric. Dans l’affaire Quentin, plus de sept mois se sont écoulés sans aucune audition comparable de l’ancien dirigeant de la Jeune Garde, alors même que son rôle semble plus important encore, étant donné qu’il aurait contribué à organiser la mobilisation en amont.
La question apparaît d’autant plus légitime qu’un autre élément mérite d’être éclairci. Selon des informations publiées par Jean Bexon, Raphaël Arnault aurait échangé après la mort de Quentin avec Lélio Lebesson, militant de la Jeune Garde présent à Lyon le 12 février. Le journaliste affirme qu’Arnault lui aurait demandé, sur l’application Signal, de supprimer les données du journal des appels.
Pourquoi une telle demande aurait-elle été formulée ? S’agissait-il d’une consigne isolée adressée à ce militant ou d'une pratique plus générale ? Et les enquêteurs ont-ils pu récupérer ou exploiter ces échanges ?
Qui est la femme de 24 ans incarcérée ?
La présence parmi les trois personnes écrouées d’une femme âgée de 24 ans ravive notamment les interrogations entourant l’identité de la femme aperçue avec la Jeune Garde le 12 février.
Au lendemain de la mort de Quentin Deranque, le nom de Blandine Bardinet, membre notoire de la Jeune Garde, avait circulé sur les réseaux sociaux. Certaines de ses photos avaient fait apparaître de troublantes ressemblances physiques et vestimentaires avec la femme visible sur les images prises le jour des faits.

Blandine Bardinet avait formellement contesté être présente à Lyon et affirmé se trouver en Amérique du Sud au moment des faits. Son avocat avait annoncé une plainte en diffamation contre ceux qui l’avaient publiquement accusée. La femme de 24 ans désormais incarcérée est-elle Blandine Bardinet ? Est-ce une autre antifasciste ? Voilà une information qui devrait être dévoilée sous peu.
D’autres militants identifiés mais jamais inquiétés
Plusieurs militants antifascistes présents le 12 février n’avaient jusqu’ici jamais été publiquement inquiétés dans le dossier. C’est notamment le cas de Lélio Lebesson. Ce militant de la Jeune Garde, également engagé à LFI, a été identifié par Jean Bexon sur des images prises quelques instants avant les violences. A-t-il enfin été inquiété ?
Les cinq nouvelles mises en examen pourraient donc permettre de mieux comprendre la composition et l’organisation du groupe présent à Lyon ce 12 février.



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