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Un chanteur de rock aux idées identitaires déprogrammé du festival Béthune Rétro après des pressions de l’extrême gauche

27/8/2026

Un artiste patriote déprogrammé

À quelques jours de l’ouverture de Béthune Rétro, la mairie a décidé de déprogrammer Dylan Kirk, chanteur britannique de rockabilly dont le concert était prévu le dimanche 30 août sur la Grand-Place. La municipalité affirme avoir été alertée par les services de l’État au sujet de ses prises de position publiques, susceptibles d’être associées à « des idées extrémistes et à des mouvances identitaires ».

Qu’a fait Dylan Kirk pour attirer l’attention de l’État ? L’artiste a participé en novembre 2025 à une manifestation anti-immigration au Royaume-Uni, au cours de laquelle il a posé aux côtés de Paul Golding, dirigeant de Britain First, une organisation britannique d’extrême droite. Cette proximité avait déjà entraîné l’annulation de plusieurs de ses concerts au Royaume-Uni.

Golding (gauche) et Kirk (droite).

À Béthune, la polémique a notamment été alimentée par le Collectif antifasciste du Bassin minier, l'Action antifasciste NP2C et de nombreux autres groupuscules locaux d’extrême gauche, qui ont signé un communiqué unitaire. Celui-ci dénonçait quelques jours plus tôt la présence supposée, au sein du festival, de signes et de groupes associés à l’extrême droite, ainsi que la programmation de Dylan Kirk. La municipalité, dirigée par un maire centriste, a finalement retiré l’artiste de l’affiche, estimant que Béthune Rétro devait rester un événement « festif, familial et populaire » et être préservé de toute récupération politique ou identitaire.

La décision pose néanmoins une question plus large concernant le traitement réservé aux artistes politiquement engagés. Dans le monde de la musique, les chanteurs, les rappeurs notamment, qui revendiquent un discours ouvertement d’extrême gauche, anticapitaliste ou antifasciste, sont nombreux et peuvent continuer à bénéficier de festivals, de médias ou de dispositifs financés ou soutenus par des institutions publiques sans que leurs engagements politiques entraînent automatiquement leur déprogrammation.

Une rappeuse d'extrême gauche mise en avant

Le cas de la rappeuse 2L offre un exemple particulièrement parlant de ce contraste. La jeune artiste revendique un rap ouvertement politique et anticapitaliste. StreetPress la décrit comme issue d’un environnement militant et rapporte ses références à l’anarchisme, aux black blocs et aux mobilisations contre les violences policières. Lors de la finale de Nouvelle École, une émission diffusée sur Netflix, elle s’était notamment produite entourée de personnes vêtues de noir dans une scénographie faisant explicitement référence aux black blocs.

2L affiche également régulièrement le nombre « 1312 », transcription numérique du slogan ACAB, pour « All Cops Are Bastards », sur ses boucles d’oreille par exemple. Cette semaine encore, elle était mise en avant dans une interview de France Télévisions avec un collier « 1312 », dans laquelle elle assume totalement son engagement « révolutionnaire ». 

La rappeuse avait par ailleurs déjà bénéficié de l’exposition de France Télévisions dans le cadre du dispositif Rappeuses en liberté, dont elle avait été finaliste puis lauréate en 2024. Le programme prévoyait notamment formation, concerts, accompagnement professionnel et médiatisation des artistes sélectionnées. Elle figurait également en 2026 parmi les artistes nommées aux Flammes, cérémonie consacrée aux cultures urbaines et diffusée sur France 4 et france.tv.

Il ne s’agit pas de situations strictement identiques ici : Dylan Kirk est déprogrammé car il est un citoyen qui pense mal, en dehors même de sa musique, tandis que 2L exprime directement ses convictions politiques dans son œuvre et dans son image publique, sans que cet engagement d’extrême gauche (contre la police notamment) l’empêche d’être promue.

Dans le premier cas, des prises de position et des fréquentations politiques conduisent à l’annulation d’un concert municipal. Dans le second, des références explicites à l’anticapitalisme, aux black blocs ou au slogan ACAB n’empêchent ni la programmation de l’artiste ni sa mise en avant par des acteurs de l’audiovisuel public.

L’extrême gauche dispose bel et bien du monopole de la morale.

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