L’observatoire des violences POLITIQUES
X
Brèves

Terrorisme d’extrême gauche : la condamnation pour association de malfaiteurs terroriste confirmée en appel pour cinq individus

12/9/2026

Plus de cinq ans après le coup de filet du 8 décembre 2020, l’affaire dite « Libre Flot » connaît son dénouement judiciaire. La cour d’appel de Paris a reconnu coupables cinq des six militants d’extrême gauche qui contestaient leur condamnation pour association de malfaiteurs terroriste. Un sixième prévenu a, lui, obtenu une relaxe.

Au centre du dossier figure Florian Dahuron, surnommé « Libre Flot », militant d’extrême gauche passé notamment par la ZAD de Sivens avant de rejoindre les forces kurdes au Rojava en 2017 pour combattre à leurs côtés. Il avait été placé sous surveillance par les services de renseignement à son retour en France.

Cinq condamnations sur six en appel

Le verdict rendu par la cour d’appel confirme donc la qualification terroriste pour cinq prévenus. Les peines prononcées vont de dix mois à deux ans d’emprisonnement ferme, auxquels s’ajoutent des périodes de sursis probatoire.

Les condamnés ont toutefois pu quitter libres le palais de justice après le délibéré, les peines de prison ferme ayant déjà été purgées ou étant aménageables.

Florian Dahuron, dit « Libre Flot », écope de la peine la plus lourde : cinq ans d’emprisonnement, dont trois ans avec sursis, soit deux années ferme. Son inscription au FIJAIT, le fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions terroristes, est maintenue. Sa peine est inférieure à celle prononcée en première instance : en 2023, il avait été condamné à cinq ans de prison dont trente mois avec sursis probatoire, soit trente mois ferme.

Simon, surnommé « Svink », est condamné à 42 mois de prison, dont 32 mois avec sursis, soit dix mois ferme. En première instance, cet artificier professionnel avait reçu quatre ans de prison dont 25 mois avec sursis probatoire. Sa peine est donc réduite en appel.

Camille, une Rennaise, est condamnée à trois ans d’emprisonnement, dont deux ans avec sursis, soit un an ferme aménageable. En première instance, elle avait déjà reçu trois ans de prison, avec environ huit mois restant à exécuter sous bracelet.

William écope lui aussi de trois ans de prison, dont deux ans avec sursis, soit un an ferme. Sa peine est réduite par rapport au jugement de 2023, qui l’avait condamné à trois ans dont vingt mois de sursis probatoire.

Bastien reçoit également trois ans dont deux ans avec sursis, soit un an ferme aménageable. Pour lui, la décision est plus sévère qu’en première instance, puisqu’il avait alors été condamné à trois ans de prison intégralement assortis du sursis.

Manuel finalement relaxé

La principale victoire de la défense concerne Manuel, condamné en première instance à trois ans de prison dont quinze mois avec sursis. La cour d’appel l’a cette fois totalement relaxé, au bénéfice du doute. Il devient ainsi le seul à obtenir l’annulation complète de sa condamnation pour association de malfaiteurs terroriste.

Un septième prévenu, Loïc, avait été condamné en première instance à deux ans de prison avec sursis simple et n’avait pas interjeté appel.

Explosifs, armes et entraînements tactiques

Cette affaire de terrorisme d’extrême gauche avait débuté à partir d’informations transmises par le renseignement intérieur concernant un possible projet d’action violente visant des représentants de l’État.

Après plusieurs mois de surveillance, neuf personnes sont interpellées le 8 décembre 2020. Sept sont finalement mises en examen pour association de malfaiteurs en vue de commettre des actes terroristes.

Lors des perquisitions, les enquêteurs découvrent notamment des fusils de chasse, ainsi que de l’acétone, de l’eau oxygénée et de l’acide chlorhydrique, produits pouvant entrer dans la fabrication d’explosifs. Les suspects avaient également été vus en train de tester des explosifs sur un terrain agricole.

Le dossier porte notamment sur deux ateliers de fabrication d’explosifs auxquels Florian Dahuron a participé : l’un dans l’Indre avec Simon, l’autre en Dordogne avec Camille, Bastien et William.

En outre, l’enquête a mis au jour la fabrication d’explosifs de type TATP dans des charges réduites, des vols de produits agricoles destinés à servir de charge, l’accumulation de textes pratiques issus de mouvements anarchistes terroristes étrangers, la possession de quelques armes à feu ainsi que de nombreux propos tenus au cours de soirées évoquant le « Grand soir » et des meurtres de policiers.

Trois prévenus étaient par ailleurs poursuivis pour avoir refusé de communiquer leurs codes de téléphone ou de messagerie aux enquêteurs. Ils avaient invoqué leur droit au respect de la vie privée.

Libre Flot, figure centrale du dossier

Florian Dahuron occupe depuis le début une place à part. Né en 1984, il milite depuis de nombreuses années dans des milieux d’extrême gauche. Dès 2002, il était actif aux côtés des redskins antifascistes de Julien Terzics. Les services de renseignement avaient notamment relevé son passage par la ZAD de Sivens puis son départ pour le Kurdistan syrien.

À son retour de Syrie, la DGSI le soupçonne de vouloir constituer un groupe clandestin susceptible de mener des actions de guérilla contre des cibles institutionnelles. Une note de renseignement transmise au PNAT évoquait l’idée de structurer un « groupe violent » autour de proches partageant ses orientations politiques.

Le dossier n’a cependant jamais permis d’établir un projet terroriste arrivé à maturité ni une cible précise. C’est l’un des principaux arguments de la défense depuis le début de l’affaire. Cela n’a pas empêché le tribunal, puis la cour d’appel, de considérer que l’association entre les prévenus, les préparatifs matériels et les intentions attribuées à Florian Dahuron suffisaient à caractériser l’infraction d’association de malfaiteurs terroriste.

Une première judiciaire confirmée en appel

En décembre 2023, les sept prévenus avaient tous été condamnés pour association de malfaiteurs terroriste. L’affaire constituait alors le premier grand procès contemporain de terrorisme d’extrême gauche depuis plusieurs décennies, et surtout depuis le cinglant échec de l’affaire de Tarnac.

La défense espérait que l’appel aboutisse à l’effondrement du dossier et, surtout, de sa qualification terroriste. Malgré une relaxe et plusieurs diminutions de peine, la cour d’appel a confirmé la culpabilité de cinq prévenus et donc validé une nouvelle fois l’utilisation de la qualification d’association de malfaiteurs terroriste dans cette affaire.

No items found.

Sur la même categorie

ARTICLES RÉCENTS

Ne manquez aucune de nos publications !

Votre abonnement n'a pas pu être enregistré. Veuillez réessayer.
Votre inscription a été effectué avec succès.