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Blocage d'HEC : quand les enfants bénis du capitalisme se révoltent
L'Observatoire a eu accès aux échanges internes du groupe WhatsApp ayant servi à organiser le blocage de la prestigieuse école HEC Paris, jeudi 15 octobre. Entre moqueries, désaccords, exclusion d'une participante et accusations de censure, les coulisses de cette mobilisation révèlent une ambiance bien différente de celle affichée publiquement.
Même de futurs cadres des grandes entreprises françaises ont décidé de rejoindre la révolte lycéenne. Jeudi 15 octobre, une poignée d'étudiants de HEC Paris, l'une des écoles de commerce les plus réputées de France, a organisé un blocage symbolique du campus de Jouy-en-Josas (Yvelines), en soutien à la mobilisation qui agite les établissements scolaires depuis plusieurs semaines.
« Privilégiés, mais pas aveugles » ou encore « Les capitalistes confirment, investir dans l'éducation, c'est nécessaire » : les pancartes brandies par les manifestants ne manquaient pas d'ironie. Sur les quelque 4 500 étudiants du campus, seule une vingtaine participait simultanément au rassemblement, selon Le Figaro.
Malgré l'installation de poubelles et de barrières devant l'établissement, les accès sont restés ouverts. La direction de HEC a même confirmé que les cours n'avaient pas été perturbés. Une mobilisation relativement modeste, donc, mais qui a bénéficié d'une couverture médiatique démesurée.
« Pour ceux qui se réveillent aujourd'hui et se découvrent privilégiés... »
L'Observatoire a pu consulter les échanges d'un groupe WhatsApp intitulé « Blocus à HEC – Soutien aux lycéens », utilisé pour préparer la mobilisation.
Dès le mercredi 14 octobre, les participants débattent des revendications à mettre en avant. Certains souhaitent dénoncer les frais de scolarité ou la sélection à l'entrée des établissements, tandis que d'autres insistent sur la nécessité de concentrer le discours sur les difficultés rencontrées par les lycéens.
Un participant met notamment en garde contre le risque de passer pour des étudiants fortunés se plaignant du prix de leur école. Un autre s'interroge sur l'intérêt même du blocage, prévu dès 7 h 30 du matin :
« Non mais à 9h c'est terminé si ça commence à 7h30, et surtout y a personne sur le campus à cette heure ci je capte pas trop le but. »
Mais les échanges deviennent particulièrement intéressants lorsqu'un étudiant critique frontalement l'initiative :
« Pour ceux qui se réveillent aujourd'hui et se découvre privilégiés le jour ou faire des blocus c'est rigolo et que ça attire les médias en plein campagne, bloquez pas tte les entrées qu'on puisse aller en cours. »
Un message qui résume les critiques formulées par une partie des étudiants : derrière les grandes déclarations de solidarité, certains voient surtout une opération symbolique et médiatique qui vise à se donner bonne conscience.
D'autres préfèrent d'ailleurs rappeler qu'il existe des moyens plus concrets d'aider les élèves défavorisés. Plusieurs associations proposant du tutorat gratuit dans les lycées populaires ou les territoires ruraux sont ainsi recommandées dans la conversation.
Une participante exclue et des accusations de censure
Quelques instants plus tard, un administrateur du groupe prénommé Aurélien exclut une participante. La décision provoque immédiatement des réactions indignées.
« Mdrr pk tu la supprimes ? », demande un étudiant. Un autre ironise :
« On se rapproche de l'ambiance Pol Pot à virer des gens du groupe ». La contestation se poursuit lorsqu'un participant rappelle à l'administrateur : « Après t'es pas le président du groupe mdr ».
Certains réclament alors la réintégration de l'étudiante, finalement ajoutée de nouveau à la conversation à 11 h 13, soit dix-huit minutes après son exclusion. Dès le début de l'organisation du blocage, certains ont donc voulu jouer les radicaux, avant de rentrer dans le rang aux premières protestations de leurs camarades.
Deux anciens d’HEC s'en prennent à des journalistes de Frontières
Ces tensions ne se limitent pas aux échanges sur WhatsApp.
Le jeudi 15 octobre, alors que quelques étudiants occupent symboliquement l'entrée de HEC, une équipe du média Frontières, représentée notamment par le journaliste Jordan Florentin, se présente pour couvrir l'événement en direct sur CNEWS. L'accueil réservé aux journalistes est particulièrement hostile.
Sur les images diffusées par CNEWS, deux individus prennent à partie le journaliste. L'un arrache la bonnette du microphone de Jordan Florentin, tandis que le second tente de masquer l'objectif de la caméra avec sa main.
« Tu n'es pas la presse, tu es d'extrême droite », lance l'un des individus au journaliste.
La scène illustre une forme de violence sélective chez ces étudiants bourgeois de gauche : alors qu'ils s'en prennent physiquement au matériel de journalistes étiquetés « extrême droite », leur mobilisation est restée parfaitement inoffensive pour leur propre établissement. Évidemment, ils n’ont pas envisagé une seule seconde de s’en prendre à la police.
En réalité, selon nos informations, ces individus sont d’anciens étudiants d’HEC mais ont terminé leurs études. Celui qui empêche Jordan Florentin de filmer est Quentin Oulie, qui travaille pour Fermes d’avenir, une association qui fait partie du groupe SOS. Il semble particulièrement intéressé par les questions écologiques.
Le second, qui arrache la bonnette, se nommerait Gaspard.
Leur action est d’autant plus paradoxale car ces étudiants entendaient profiter de la visibilité médiatique de leur prestigieuse école pour amplifier la contestation lycéenne. Deux d'entre eux ont pourtant tenté d'empêcher des journalistes de travailler en raison de leur orientation éditoriale. De cette mobilisation dérisoire, les Français retiendront donc surtout cet épisode peu chevaleresque et les nombreuses moqueries suscitées par l'opération sur les réseaux sociaux.
Beaucoup de bruit pour un blocage symbolique
L'examen des conversations internes révèle finalement une mobilisation loin de faire l'unanimité parmi les étudiants de HEC. Entre les plaisanteries sur les privilèges des élèves, les interrogations sur l'utilité du blocage, les désaccords concernant les revendications et les tensions provoquées par l'exclusion d'une participante, l'enthousiasme révolutionnaire affiché publiquement apparaît moins consensuel en coulisses.
La mobilisation avait pourtant suscité l'intérêt de Jean-Luc Mélenchon, qui avait réagi dès le mercredi à son annonce, en plaisantant sur le fait qu'elle n'avait aucun rapport avec sa conférence organisée une semaine auparavant dans l'établissement.
Les futurs cadres du capitalisme ont donc pu s'offrir leur matinée de contestation, avant, loin des caméras, de rattraper les cours qu’ils ont ratés.

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