
Quand l’extrême gauche tuait à Lyon : Paul Gignoux, lapidé à huit ans en 1937
Le 24 avril 1937, Paul Gignoux, un jeune garçon de huit ans, est lapidé à mort par un groupe d’enfants du quartier de la Croix-Rousse, rue Hénon. Alors qu’il revenait d’une vente de de billets de tombola au profit de l’Union de l’Enseignement Libre (enseignement catholique), il est d’abord traité d’abord de « fillette », puis de « cagot » (bigot), de « Croix-de-Feu » et enfin de « fasciste ». Très vite, les coups de pied dans la tête et les pierres pleuvent jusqu’à entraîner sa mort. Ses meurtriers faisaient partie d’un groupe d’une petite quinzaine de garçons et de filles du quartier de la Croix-Rousse, âgés entre sept et onze ans.
Avant ce meurtre, plusieurs frères et sœurs de Paul Gignoux avaient déjà été traités de « fils de croix de feu », de « sale fasciste » et de « cagot ». Le père, Octave Gignoux, était un négociant en vin qui exerçait à la Croix-Rousse et qui était connu pour être membre du Parti social français du colonel de La Roque.
Le directeur de l’école publique du Groupe La Fontaine, où plusieurs des meurtriers étaient scolarisés, déclara : « cette bagarre tragique est la conséquence d’une ambiance. Nous avons ici un quartier difficile. Nous sommes chargés d’une population ouvrière très travaillée par la propagande politique…. Nous avons eu, nous, instituteurs laïcs à intervenir énergiquement pour que les enfants ne viennent pas en classe avec un morceau de laine rouge à leur boutonnière. Nous devons constamment effacer sur les murs de l’école la Faucille et le Marteau et autres inscriptions de tendance politique. Les parents ont dans cette affaire une responsabilité. Ils ne surveillent pas assez leurs enfants. »
Pendant quelques jours, devant l’ignominie de ce meurtre, la presse de gauche tenta un contre-feu en inventant une prétendue mort de Paul Gignoux par crise cardiaque.
Sur les 14 enfants qui seront jugés deux mois après, en juin 1937, deux bénéficieront d’un non-lieu et les 12 autres seront renvoyés devant la chambre des conseils, qui n’a pu leur infliger aucune peine ni prendre aucune sanction. Elle ne leur a adressé qu’une simple admonestation.
En pleine période du Front Populaire, la gauche et la droite s’écharpent sur les motivations politiques de la bande d’assassins. Lors du procès, aux questions du juge, l’un des enfants répondra :
- Tu as entendu dire par ton père que le petit Gignoux était un fasciste ?
- Bien sûr, mon père est communiste.
- Mais qu’est-ce que c’est qu’un fasciste ?
- C’est un ennemi.
- Bien. Tu as jeté combien de pierres sur le petit Gignoux ?
- Aucune. Je n’étais pas là ce jour-là. J’étais au cours de gymnastique.
Paul Gignoux est enterré au cimetière de la Croix-Rousse et sa sépulture indique qu’il a été lapidé.
Le juge Jacques Faure-Pinguely, alors président de la section spéciale de Lyon du tribunal d'État sera abattu en décembre 1943 par les FTP. L’un des frères de Paul Gignoux, Albert, deviendra plus tard un héros et martyr de la Résistance, en tant que membre des FFI.
Voici les vers très touchants qui ont été écrits à la mémoire de Paul Gignoux :
Dans sa poche un dernier billet
Comme invendu seul lui restait.
Et le garçon à l'âme fière
Ce soir-là l'offrit à saint Pierre
Qui lui dit : « Donne, mon petit,
C'est ton entrée au Paradis ! »


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