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Incendie de la mairie de Limoges : arrestation de Hodei Docampo Ciarra, militant d’extrême gauche fiché S, fils d'un saboteur déjà condamné
Le principal suspect de l'incendie volontaire de l'hôtel de ville de Limoges, survenu le 17 octobre, a été interpellé mardi 20 octobre par le RAID. Hodei Docampo Ciarra, 34 ans, fiché S et proche des Soulèvements de la Terre, est le fils d'un anarchiste condamné quelques mois plus tôt pour plusieurs sabotages incendiaires dans la région. Une affaire dont L'Observatoire avait couvert le procès.

L'incendie qui a ravagé l'hôtel de ville de Limoges (Haute-Vienne), samedi 17 octobre, porte évidemment la signature de l’extrême gauche. Au départ du feu, un homme arborait un drapeau communiste ; un peu plus loin, un tag « Vive la Commune » a été retrouvé, de même que le symbole antifasciste des Trois flèches, récemment popularisé par la Jeune Garde.
Mardi 20 octobre, à 6h15, les policiers ont interpellé à Val-d'Issoire, à une cinquantaine de kilomètres de Limoges, un homme de 34 ans soupçonné d'avoir participé à cette attaque. L'opération a été menée avec l'appui du RAID de Bordeaux. Identifié comme Hodei Docampo Ciarra, né à Paris en 1992 et originaire de la Creuse, le suspect est connu des services de renseignement pour son appartenance à l'« ultragauche ». Il fait l'objet d'une fiche S le désignant comme un « activiste d'ultragauche susceptible de commettre des actions violentes ». Bingo.
Selon les premiers éléments de l'enquête, plusieurs individus auraient brisé les vitres de la mairie pour pénétrer dans l'édifice et y déclencher un incendie. Le feu a entièrement détruit la toiture du bâtiment historique, inauguré en 1883, et provoqué l'effondrement de son beffroi. Il est possible de voir le suspect vérifier si l'incendie démarre bien :
Un militant d'ultragauche déjà condamné pour des violences contre un policier
Hodei Docampo Ciarra n'est pas un inconnu des services de police. Selon Le Parisien, il a participé à plusieurs actions organisées par Les Soulèvements de la Terre, un mouvement écologiste apparu en 2021 et connu pour ses mobilisations illégales contre les méga-bassines à Sainte-Soline et ses sabotages contre certaines infrastructures.
En octobre 2024, lors d'une manifestation contre le projet d'implantation de l'usine de granulés de bois Biosyl, à Guéret (Creuse), il avait été poursuivi pour avoir frappé un policier alors qu'il avait le visage dissimulé. Relaxé en première instance, il avait finalement été condamné par la cour d'appel de Limoges à une peine d'un an d'emprisonnement avec sursis.
Son profil militant est largement issu d’un héritage familial.
Son père, un anarchiste condamné pour plusieurs sabotages incendiaires
Hodei Docampo Ciarra est le fils de Fernando Ciarra Ramirez, un anarchiste et ancien militant indépendantiste basque aujourd'hui âgé de 70 ans. Un nom bien connu de L'Observatoire, qui avait assisté, les 19 et 20 mars 2026, à son procès devant le tribunal correctionnel de Limoges.
Une enquête publiée à la suite du procès revenait en détail sur la série de sabotages particulièrement graves commis dans la région. En février 2020, huit véhicules appartenant à Enedis avaient été incendiés à Limoges, causant plus de 400 000 euros de préjudice. Le 11 janvier 2021, deux antennes relais et un pylône émetteur TDF de 230 mètres avaient également été incendiés dans la commune des Cars. Cette attaque avait privé plus de 1,5 million de Français de télévision et de radio pendant plusieurs jours.
Plusieurs personnes avaient été interpellées six mois plus tard et deux ont finalement été jugées, dont Fernando Ciarra Ramirez, qui avait continué de nier toute participation aux faits durant le procès, malgré la découverte de son ADN sur les deux sites incendiés, notamment sur des éléments ayant servi à confectionner les dispositifs incendiaires.
Son ancienne camarade de lutte, Anne Voyat, avait également été poursuivie dans ce dossier. Contrairement à lui, cette militante d'extrême gauche avait reconnu sa participation aux sabotages au cours de sa garde à vue.
Pendant les deux journées d'audience, L'Observatoire avait constaté l'importante mobilisation du Comité du 15 juin, un collectif constitué pour soutenir les personnes mises en cause. Plusieurs témoins, dont la journaliste Célia Izoard et le chercheur du CNRS Jean-Michel Hupé, avaient également tenté de défendre et justifier les sabotages en les intégrant dans le cadre d'une lutte écologique contre les nouvelles technologies.
Le ministère public avait requis quatre ans de prison, dont deux avec sursis, contre Fernando Ciarra Ramirez. Il a finalement été condamné, en avril 2026, à trois ans d'emprisonnement avec sursis. Quelques mois seulement après cette condamnation, c'est donc son fils qui se retrouve au centre d'une nouvelle enquête portant sur un incendie volontaire particulièrement destructeur.
Le plateau de Millevaches, foyer historique de la mouvance autonome
Cette nouvelle affaire remet également en lumière l'implantation ancienne de l'extrême gauche dans le Limousin, et notamment sur le plateau de Millevaches, territoire rural situé aux confins de la Creuse, de la Corrèze et de la Haute-Vienne.
Olivier Vial, directeur du CERU, rappelle comment cette région est devenue, à partir des années 1970, un territoire d'accueil pour différentes sensibilités de l’extrême gauche : maoïstes, libertaires, écologistes... L'implantation de ces réseaux s'est progressivement structurée autour de lieux associatifs, de coopératives, de fermes collectives et de médias locaux.
Mais c'est surtout à partir des années 2000 que le plateau acquiert une notoriété nationale, avec l'installation à Tarnac de militants issus de la mouvance autonome, associés à la revue Tiqqun et aux textes du Comité invisible. Publié en 2007, L'Insurrection qui vient développe une conception de la lutte révolutionnaire fondée notamment sur la constitution de communautés autonomes, l'occupation de territoires, les blocages et le sabotage des infrastructures.
L'affaire de Tarnac, déclenchée en 2008 autour de soupçons de sabotages de lignes ferroviaires, avait contribué à médiatiser cet environnement militant. Elle s'était néanmoins achevée sans condamnation pour les sabotages initialement reprochés au groupe, faute de preuves.
Cette implantation dépasse aujourd'hui le seul village de Tarnac. Le maire de Val-d'Issoire, Pascal Godrie, a lui-même évoqué sur LCI l'existence d'une ZAD sur sa commune, affirmant ne pas pouvoir y pénétrer.
Cette implantation de la mouvance autonome s'est également accompagnée de plusieurs épisodes de tensions, d'intimidations et de sabotages. En octobre 2015, à Tarnac, une quarantaine de militants anarchistes, certains cagoulés et armés de bâtons, avaient encerclé des policiers français et allemands venus effectuer une perquisition dans le cadre d'une enquête sur des sabotages ferroviaires en Allemagne. Face à cette mobilisation hostile, les enquêteurs avaient finalement renoncé à leur intervention.
En septembre 2017, cinq véhicules de gendarmerie avaient été incendiés dans une caserne de Limoges. Cette attaque avait été revendiquée par des militants d’extrême gauche. Le 4 novembre 2022, la course de moto En'Duo du Limousin, organisée sur le plateau de Millevaches, avait également été sabotée. Des individus avaient déplacé les balises du parcours, provoquant l'égarement de nombreux pilotes, dont certains avaient été retrouvés en état d'hypothermie. L'organisateur, Boris Labrousse, avait déclaré : « On a eu de la chance de ne pas retrouver un mort ».
Plus récemment, en février 2023, plusieurs habitants et élus du plateau de Millevaches avaient dénoncé un climat d'intimidation et de dégradations. Un producteur de chanvre, Jouany Chatoux, affirmait avoir déposé une trentaine de plaintes pour des faits de sabotage, de menaces et de conflits récurrents. L'agriculteur mettait directement en cause des militants de l'ultragauche installés sur le plateau.
Des Soulèvements de la Terre à La France insoumise, des convergences politiques assumées
Le parcours attribué au suspect conduit également à s'intéresser aux Soulèvements de la Terre, mouvement écologiste radical créé en 2021 et devenu l'un des principaux acteurs des mobilisations contre les mégabassines, l'artificialisation des sols et certaines infrastructures industrielles.
Le collectif se distingue notamment par la promotion d'actions de désobéissance civile et de démantèlement d'infrastructures, présentées par ses militants comme des moyens de lutter contre les atteintes à l'environnement.
En juin 2023, après les violents affrontements de Sainte-Soline, le gouvernement avait prononcé sa dissolution, estimant notamment que le mouvement encourageait des actions violentes et des dégradations matérielles. Cette décision avait déclenché une importante mobilisation de soutien dans les milieux écologistes et à gauche de l'échiquier politique, dont LFI.
La France insoumise, qui ne saurait être assimilée aux organisations anarchistes ou autonomes, car c’est un parti réformiste qui participe aux élections, entretient néanmoins des convergences politiques publiques avec Les Soulèvements de la Terre, notamment lors de certaines mobilisations.
Le soutien du parti de Jean-Luc Mélenchon ne s'est d'ailleurs pas limité à de simples prises de position. En août 2023, LFI figurait officiellement parmi les requérants ayant demandé au Conseil d'État de suspendre le décret de dissolution des Soulèvements de la Terre, aux côtés notamment d'Europe Écologie Les Verts et de plusieurs associations. Le Conseil d'État avait d'abord suspendu la dissolution le 11 août, avant de l'annuler définitivement le 9 novembre 2023, considérant que cette mesure était disproportionnée.
Dans sa décision, la haute juridiction avait néanmoins reconnu que le mouvement avait diffusé ou relayé des messages incitant à endommager certaines infrastructures et légitimé publiquement de telles dégradations. Elle avait en revanche considéré qu'il ne pouvait lui être imputé de provocations explicites à la violence contre les personnes : effectivement, ces organisations savent se protéger et ne pas agir illégalement en leur nom propre.
LFI ne saurait donc être tenue responsable des actes commis par les militants de ces mouvances, mais elle fricote avec les Soulèvements de la Terre et donc avec la mouvance autonome qui sabote le pays. De plus, elle a fait de la Jeune Garde son service d’ordre et a embrassé la violence antifasciste. La violence lui colle aux pieds, mais ce sont les insoumis qui l’ont voulu. Cela explique pourquoi Mathilde Panot a été incapable de condamner l’incendie de la mairie de Limoges.



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